Maladies de la rate et splénectomie

La rate est un organe qui a pour principale fonction de vous défendre contre les agents pathogènes qui produisent des infections. Elle produit les anticorps de votre système immunitaire combattant les bactéries ou virus créant entre autres les pneumonies ou méningites. Elle sert aussi de réservoir pour les globules rouges. La rate nettoie le sang des vieux globules rouges qui sont alors remplacés par des nouveaux globules rouges produits par la moelle osseuse.

La splénectomie est l’ablation (retrait) de la rate. Cette chirurgie doit être idéalement précédée d’une vaccination. Dans le cas d’une chirurgie urgente, les vaccins sont administrés dans les semaines qui suivent la chirurgie.

L’ablation de la rate (splénectomie) peut être nécessaire lors d’un accident de la voie publique (rupture de rate), ou dans le cadre de certaines maladies telles que le purpura thrombopénique idiopathique ou l’anémie hémolytique auto immune résistants au traitement médical (la rate travaille alors trop efficacement détruisant avec excès les globules rouges ou les plaquettes), certaines maladies des globules rouges (thalassémie, sphérocytose), ou certaines formes de lymphomes ou de leucémie. Les atteintes de vaisseaux vascularisant la rate (anévrysme de l’artère splénique) peuvent nécessiter l’ablation de ces vaisseaux et parfois de la rate.

La décision de réaliser l’ablation de la rate est toujours prise de manière collégiale avec les différents intervenants en charge de votre santé et vous-même.

L’intervention consiste à identifier l’artère et la veine qui vascularisent la rate et à déconnecter la rate de ses attaches au côlon, au pancréas et à l’estomac.

Pour cela nous disposons de 2 techniques :

  • soit par une technique classique et ancienne par une incision en regard de la rate réalisant une cicatrice de 15 à 25 cm environ à cheval sur le nombril.
  • soit une technique plus récente et plus moderne par coelioscopie (5 incisions d’un centimètre chacune et une incision de 10 cm au-dessus du pubis) qui présente l’intérêt d’être très peu agressive, elle réduit les douleurs post-opératoires et permet une reprise rapide des activités quotidiennes.

Compte tenu de ces éléments, nous réalisons, le plus souvent, la splénectomie par voie coelioscopique au cours d’une hospitalisation de 5 à 10 jours.

Quel est votre parcours lorsqu’on réalise l’ablation chirurgicale de la rate (ou splénectomie) ?

Après avoir rencontré votre chirurgien, qui a confirmé qu’il faut bien enlever votre rate, vous rencontrerez votre anesthésiste qui s’assurera qu’une anesthésie est possible.

La veille de l’opération, vous devez être à jeun à partir de minuit. Si vous prenez des médicaments de façon quotidienne, vous devez en discuter avec votre chirurgien et votre anesthésiste, qui peuvent souhaiter que vous preniez certains de vos médicaments le matin de l’intervention avec un fond d’eau. Si vous prenez de l’aspirine ou des médicaments pour fluidifier votre sang, dites-le à votre chirurgien et votre anesthésiste. Les vaccinations seront faites avant l’intervention.

L’équipe de la clinique Charcot (Lyon) vous accueille lors de l’admission, le plus souvent le matin de l’intervention, vérifie les formalités administratives, s’assure qu’il n’y a pas de nouvelle information et que les consignes données avant l’intervention (douche, jeûne, etc..) ont bien été respectées.
Puis on vous conduit en salle d’intervention au bloc opératoire, votre chirurgien et votre anesthésiste entourés de leur équipe vous accueillent et procèdent aux vérifications habituelles (identité, respect des consignes, etc..).

Lorsque vous serez endormi(e), votre chirurgien aidé d’une caméra et d’instruments passant par des trocarts, va contrôler l’artère et la veine qui vascularisent la rate et la déconnecter de l’estomac, du pancréas et du côlon à l’aide de clips. La rate est extériorisée par une incision au-dessus du pubis qui sera cachée par vos sous-vêtements. La durée de l’intervention varie de 2 à 3 heures et dépend de la difficulté que peut rencontrer votre chirurgien à isoler les vaisseaux et la rate. Un drain de type drain de Redon peut parfois être laissé en place, vous serez alors hospitalisé quelques jours.

Une fois réveillé(e), après quelques heures en salle de réveil, vous regagnez votre chambre. Une infirmière du service s’assure que vous n’avez pas trop mal, que vous n’avez pas de nausées ou de vomissements, que progressivement vous reprenez vos esprits. Une collation vous est servie. Votre chirurgien passe en fin de journée, s’assure que vous allez bien, autorise votre ré-alimentation et vous donne les consignes post-opératoires.

L’ablation de la rate est fréquente, la technique de cette intervention est précise, mais comme pour toute opération certaines complications peuvent survenir : une réaction à l’anesthésie; un saignement (nécessitant une transfusion sanguine), une plaie d’un organe abdominal (estomac, côlon), l’inflammation du pancréas sur lequel repose la rate surtout lorsque la dissection chirurgicale est difficile. La veine vascularisant la rate peut aussi se thromboser c’est à dire se boucher (phlébite).

Les modifications locales découvertes lors de l’intervention ou l’apparition d’une complication inattendue peuvent conduire votre chirurgien à modifier l’intervention initialement prévue afin de tout mettre en oeuvre pour remédier aux difficultés rencontrées.

L’abord coelioscopique peut être converti en laparotomie (chirurgie classique par une cicatrice généralement sous les côtes à gauche ou à cheval sur l’ombilic).

La liste des complications décrites n’est pas exhaustive, mais il est important de comprendre qu’un des objectifs de la consultation préopératoire est de permettre à votre chirurgien de mettre en balance les risques que vous prendriez en n’étant pas opéré avec les risques inhérents à une intervention. Si une indication opératoire a été retenue, à l’inverse de la chirurgie esthétique, c’est très vraisemblablement qu’il y aurait plus de risques à surseoir à une intervention.

En cas de doute de votre part, n’hésitez pas à demander des précisions à votre chirurgien.

Habituellement, cette intervention est peu douloureuse et la douleur répond bien aux antalgiques simples (paracétamol) qui vous seront prescrits lors de votre sortie de l’hôpital.

Vous pouvez reprendre progressivement vos activités quotidiennes et une activité légère.

Vous pourrez boire et manger dès le soir de l’intervention. Il n’y a pas de régime alimentaire particulier à suivre après l’ablation de la rate.

Un arrêt de travail de 3 à 4 semaines vous sera prescrit (en tenant compte des particularités de votre travail)

Des douleurs sous les côtes ou vers les épaules peuvent apparaître dès le lendemain de l’intervention. Elles sont dues au gaz nécessaire à la coelioscopie. Ces douleurs disparaissent toujours en 24-48 heures.

Un mois après l’intervention, vous vous présentez à votre consultation post opératoire. Votre chirurgien vous autorisera alors à reprendre vos activités physiques et sportives.

Vous devez absolument contacter votre chirurgien en cas de fièvre persistante, de douleurs abdominales qui résistent aux médicaments prescrits après l’intervention, la persistance de nausées, de vomissements, une toux qui persiste, des difficultés respiratoires ou un écoulement par une incision.

A votre sortie, sur les documents remis par votre chirurgien et/ou les infirmières du service figurent les coordonnées téléphoniques du secrétariat de chirurgie et le numéro de téléphone du médecin généraliste de garde (7J/7, 24h/24) exerçant à la clinique Charcot (Lyon). Il pourra, s’il le juge nécessaire, vous hospitaliser. N’hésitez pas à nous contacter.

Pour vous assurer un prompt rétablissement, nous attirons votre attention sur quelques points importants. Reprenez une activité très légère, la marche est autorisée, évitez de conduire pendant 5 jours. Il est normal que la région opératoire soit douloureuse au début et restera sensible quelques temps. Ceci ne doit pas vous empêcher de bouger, marcher et de réaliser les actes de la vie quotidienne. Des douleurs dans les épaules, sous les côtes, sont possibles également. Elles sont liées au gaz nécessaire à la coelioscopie et doivent disparaître en 2 à 3 jours.

 

  1. Précautions
  • Il est conseillé de prendre des douches (le bain est à proscrire pendant un mois).
  • Ne portez pas de charges lourdes (pendant au minimum un mois).
  • Une surveillance biologique (par prise de sang) bi-hebdomadaire sera réalisée. Vous devez en communiquer les résultats à votre chirurgien afin qu’il adapte votre prise en charge (introduction d’aspirine lorsque le taux de plaquettes est trop élevé par exemple).
  • Un traitement par anticoagulant peut vous être prescrit.
  • En cas d’exposition au soleil, prévoyez des protections contre les UV (crème écran total) la meilleure solution reste le port de vêtement propre afin de recouvrir la cicatrice.
  • Evitez la pratique du sport jusqu’à la prochaine consultation.

 

  1. Les pansements
  • Il faut laisser les cicatrices à l’air. Il n’y a pas lieu de faire venir une infirmière.
  • Les fils sur votre cicatrice sont résorbables, ils peuvent être mouillés et disparaîtront seuls. Après votre douche, séchez les cicatrices par tamponnement avec une serviette propre.

 

  1. Régime alimentaire

L’alimentation peut être reprise sans restriction mais avec modération.

Soyez vigilant et consultez un médecin si vous présentez les signes et symptômes de ces complications possibles :

  •  Infection de la plaie : Rougeur, chaleur, écoulement, gonflement, douleur, fièvre.
  •  Infection urinaire : Sensation de brûlure en urinant, sensation persistante de vessie non 
vidée, nombreuses mictions et urgences mictionnelles, fièvre.
  • Thrombophlébite : Douleur et sensibilité d’un mollet qui augmentent à la marche, rougeur locale.
  •  Embolie pulmonaire : Douleur thoracique d’apparition soudaine qui peut ressembler à de l’angine, difficulté à respirer, fièvre, pouls rapide, toux, ou transpiration.

Consulter sans délai un médecin si vous présentez un ou plusieurs des signes et symptômes suivants, surtout s’ils progressent rapidement. Il pourrait s’agir d’un début d’infection fulminante post-splénectomie: fièvre, malaises généraux, toux, essoufflement, maux de tête, douleurs (diffuse, musculaire ou abdominale), nausées, vomissement, et diarrhées.

Suite à une chirurgie sur la rate ou splénectomie vous devrez, pour les années à venir, être vigilant afin de prévenir l’apparition d’une infection.

  •  Prendre les antibiotiques prescrits.
  •  Aviser votre dentiste ainsi que les autres intervenants de la santé de l’ablation de votre rate.
  •  Vous assurer d’avoir été vacciné une fois contre le méningocoque et l’Haemophilus influenzae.
  •  Vous faire vacciner annuellement contre la grippe saisonnière.
  •  Vous assurer d’avoir été vacciné contre le pneumocoque au moyen de 2 vaccins 
différents selon l’horaire recommandée par votre médecin. 
o Le vaccin polysaccharidique comme le Pneumovax 23. Une dose à répéter une fois après 5 ans et une autre fois après l’âge de 65 ans. 
et
o Le vaccin conjugué comme le Prevnar ou le Synflorix à recevoir une seule fois.

Enfin l’infection fulminante post-splénectomie :

Il s’agit d’une infection rare mais qui progresse très rapidement et qui peut être mortelle chez les personnes qui n’ont plus de rate. Cette infection peut survenir tout au long de la vie chez ces personnes. Elle se présente par divers symptômes tels que malaises généraux, fièvre, douleur diffuse, musculaire ou abdominale, maux de tête, nausées, vomissements ou diarrhée. Le tout peut ressembler à un début de grippe, mais la personne atteinte devient rapidement très malade.

Il est alors très important de consulter un médecin immédiatement si ces symptômes surviennent afin de pouvoir débuter rapidement un traitement médical. L’infection fulminante post-splénectomie peut être prévenue dans la majorité des cas par des vaccins appropriés, d’où l’importance de maintenir sa vaccination à jour après une splénectomie.

Fumer augmente le risque de complications chirurgicales. Arrêter de fumer 6-8 semaines avant l’intervention élimine ce risque supplémentaire. Si vous fumez, parlez-en à votre médecin, votre chirurgien et votre anesthésiste ou appelez la ligne Tabac-Info-Service au 39 89 pour vous aider à réduire les risques et mettre toutes les chances de votre côté.
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